La bataille d'Entrammes 1793

La bataille d'Entrammes

26 octobre 1793

 

 

La bataille d'Entrammes se déroula le 26 octobre 1793. L’armée républicaine de l'Ouest lancée à la poursuite de la grande armée catholique et royale de Vendée la rattrapa près d'Entrammes.

 

L'avant-garde de l'armée républicaine (4000 hommes) commandée par les généraux François-Joseph Westermann et Michel de Beaupuy avait été mise en déroute au combat de la Croix-Bataille (où ils eurent 1600 morts selon Yves Gras et 700 blessés selon Charles-Jacques Lauron, lieutenant républicain de l’armée de Mayence) et les deux généraux s'étaient repliés sur Château-Gontier avec ce qui leur restait d'hommes. Le lendemain, le gros de l'armée républicaine arriva à son tour. Kléber apprit avec colère l'annonce de la déroute, cependant l'armée étant épuisée par plusieurs jours de marche Kléber choisit de donner un ou deux jours de repos à l'armée avant de lancer une contre-attaque. Mais c'était sans compter sur l'impatience de Westermann, ce dernier réussit à convaincre le général en chef Jean Léchelle de lancer une attaque immédiate sur Laval toujours tenue par les Vendéens en passant par les collines d'Entrammes.

 

Le 26 octobre, les Républicains passèrent à l'attaque. Westermann et Danican envoyés en avant-garde avec 300 cavaliers commencèrent par prendre le contrôle du pont sur la Jouanne près d'Entrammes.

Prévenu, Henri de La Rochejaquelein rassembla toute son armée et se porta au nord d'Entrammes. Au moment où les Vendéens commençaient à déployer leurs troupes, Westermann reçut l'ordre d'évacuer sa position, le pont fut ainsi provisoirement abandonné.

Conformément aux consignes du Comité de salut public, Léchelle avait imposé son plan aux autres généraux: attaquer en colonne « majestueusement et en masse ». Les généraux se rendirent compte de la stupidité de ce plan mais ils n'eurent d'autres choix que d'obéir. Sur ordre de Léchelle, les Mayençais de Beaupuy, suivis de ceux de Kléber passèrent à l'attaque en colonne deux par deux.

Du côté des Vendéens, La Rochejaquelein, sur les conseils de Lescure blessé, avait disposé ses hommes en demi-cercle, avec Jean-Nicolas Stofflet au centre, Talmont, Royrand et d'Autichamp à droite et les chouans, menés notamment par Jean Cottereau à gauche. Lorsque les Républicains paraissent, l'artillerie de Marigny ouvre le feu sur la colonne de Beaupuy, l'avant-garde de celle-ci est décimée par la mitraille. Les Vendéens passent alors à la charge et Beaupuy, sur le point d'être enveloppé doit ordonner la retraite. Sa colonne se replie en bon ordre jusqu'à la Jouanne (affluent de la Mayenne) où il est grièvement blessé. Dans un premier temps le renfort de Kléber permet aux républicains de tenir solidement leurs positions. Mais Henri de La Rochejaquelein lance plusieurs attaques simultanées qui permettent de franchir la rivière en plusieurs endroits.

 

Mort beaupuy entrammes 1793

Mort du général Beaupuy à Entrammes

 Alexandre Bloch 1888

 

La panique commence alors à se répandre dans les rangs républicains et Kléber et Marceau parviennent difficilement à rallier quelques troupes un peu plus loin. Mais elles sont rapidement enfoncées et se replient en désordre vers le pont sur l'Ouette. Le relief de la vallée leur offre cependant un terrain favorable et ils résistent encore un moment avant d'être pris à revers. En effet, les blancs piétinent, bloqués par une coupure de terrain couverte de végétation et par les tirs qui interdisent l’approche du pont sur l’Ouette. La nuit va tomber. Alors Jean Cottereau aborde Augustin Dehargues d’Etiveau et lui propose de prendre l’ennemi à revers. Un quart d’heure de progression silencieuse dans un début d’obscurité, permet aux chouans de faire irruption sur les arrières du noyau de résistance ennemi, en empruntant un gué connu de Jean Chouan.

Assaillis à revers, les derniers carrés bleus lâchent pied, abandonnant les blessés et les mourants, et laissant à discrétion caissons, canons, chariots de pain et d’eau-de-vie.

Pendant ce temps, les colonnes commandées par Chalbos et Muller étaient enfin arrivées à pied d’œuvre au moment où les premiers fuyards quittaient le champ de bataille. Emportées à leur tour par la panique ambiante, elles s'enfuient sans combattre vers Château-Gontier. Léchelle lui-même, resté à l'arrière, donne l'ordre de la retraite puis prend la fuite à son tour. La déroute était générale et toute l'armée se réfugia à Château-Gontier, poursuivie par les Vendéens qui taillaient en pièces les fuyards.

Arrivés à Château-Gontier les Vendéens ne laissèrent pas les républicains se reprendre et ils tentèrent immédiatement d'emporter la ville.

Le général Louis Blosse resté en réserve dans la ville au début de la bataille tenta alors d'intervenir avec sa division sur le pont situé devant la ville, mais il fut tué et sa division repoussée. Sous la conduite énergique de La Rochejaquelein, les Vendéens parvinrent alors à pénétrer dans Château-Gontier. Les Républicains furent finalement forcés d'évacuer la ville à la nuit tombante, n'étant plus poursuivis par les Vendéens ils bivouaquèrent en pleine campagne et ils regagnèrent Le Lion-d’Angers le lendemain.

Pour les Vendéens la victoire était complète, La Rochejaquelein songea un moment à profiter de l'opportunité pour retourner en Vendée, mais les femmes et les enfants, ainsi qu'une partie de l'armée étant restée à Laval, il dut faire demi-tour.

L'armée républicaine était dans un piteux état, sur 20 000 soldats, elle en avait perdu 4 000 et laissé 19 canons aux royalistes. Elle n'allait plus pouvoir organiser d'opérations avant des jours, le temps de la réorganiser. Kléber, notamment, n'avait pas de mots assez durs pour dénoncer l'imbécilité du plan du général en chef. Craignant de servir de bouc émissaire, il écrivit une lettre au Comité de salut public où il dénonça l'incompétence de son supérieur et inversement loua les qualités militaires de La Rochejaquelein. Selon l'officier vendéen Bertrand Poirier de Beauvais, les pertes des Royalistes lors de la bataille furent de 400 morts et de 1 200 blessés.

 

 

(Sources :   La bataille d'Entrammes, Siloë, Pierre Gréau 2007 - La Guerre de Vendée, éditions Economica, Yves Gras 1994, p.99-101.)

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